Si toutes et tous travaillaient moins…

Mai 3, 2021

Une revendication syndicale disparue de longue date retrouve une actualité dans le débat sur l’égalité : une réduction généralisée du temps de travail rémunéré. Si les mesures politiques à mettre en place relèvent peut-être de l’utopie sociale, elles révèlent surtout une domination économique insoutenable.

Texte : Muriel Raemy, paru dans le magazine syndicom no 22, mars-avril 2021

 

Il est pratiquement impossible de concilier travail et famille en Suisse. Cette question brûlante touche aussi bien le marché du travail que la politique sociale et familiale, l’égalité entre les sexes, ou la sphère privée, à savoir la possibilité de décider de comment organiser sa vie à sa convenance. Sur le plan économique, des solutions convergent vers une ancienne revendication syndicale qui, au carrefour de ces nombreux défis sociétaux retrouve une actualité enthousiasmante : une réduction pour toutes et tous du travail rémunéré.

 

Exploitation économique insoutenable

Travailler moins pourrait en effet avoir des conséquences très prometteuses. « Les besoins changent au cours d’une vie. Les jeunes parents pourraient ainsi s’occuper ensemble de leurs enfants et les salarié-e-s plus âgé-e-s de leurs parents vieillissants, par exemple », commence Patrizia Mordini, responsable de l’égalité chez syndicom. Dans les faits, l’accès féminin au marché du travail n’a pas donné lieu à un engagement proportionnel des hommes dans les tâches familiales ou domestiques. Des horaires réduits leur permettraient ainsi, même en travaillant à plein temps, de s’investir dans ce qui repose encore et toujours sur les épaules féminines : le care, un terme anglais pour désigner l’ensemble des activités de soin et de sollicitude que les femmes effectuent gratuitement au sein de leur couple ou de leur famille, ou en échange d’un salaire bien trop bas lorsqu’elles en font leur métier.

En 2020, l’économiste féministe Mascha Madörin calculait que sur 8,7 milliards d’heures de travail non rémunéré – cuisiner, nettoyer, éduquer, former, soigner, écouter, jardiner, faire les courses, laver, s’investir dans une association, payer les factures, etc – 5,6 milliards étaient effectuées par les femmes. « Il a été estimé que cette répartition inégale représente 80 milliards de francs suisses de perte pour les femmes ! » Mais l’injustice ne s’arrête pas là.

 

 

Sources

syndicom magazine no 22