«J’étais persuadée que je pouvais vivre avec moins»

Fév 4, 2021

Nicole Bangert voulait un jardin à elle. La recherche d’une maison à acheter met cette ingénieure en mécanique sur la piste des constructions en paille. Elle habite aujourd’hui dans un lieu beau, sain et pratiquement autosuffisant qu’elle a bâti de ses mains.

Entretien : Muriel Raemy, paru dans le magazine Pro Natura 2/2021

Magazine Pro Natura: il n’y a pas beaucoup de monde qui puisse se vanter d’avoir construit sa maison de ses propres mains, en paille qui plus est! Comment vous êtes-vous lancée dans cette aventure?

Nicole Bangert: je voulais un jardin qui puisse me nourrir, directement sur le pas de ma porte. En cherchant un bien immobilier à acheter, j’ai découvert ce terrain à Cuarny (VD), mis sur le marché par un architecte qui avait dessiné les plans d’une future maison. Mais je n’arrivais pas à me décider à signer. Lorsque j’ai senti l’atmosphère dans la maison rénovée en paille d’une amie, j’ai su que c’était ce que je voulais! C’était en 2012.

Comment vous êtes-vous formée?

J’ai pu m’investir dans un chantier participatif au début de mon projet. J’y ai énormément appris: un jour le plancher, un autre la pose de la paille ou d’une chape de chanvre, etc. J’ai puisé de nombreuses informations auprès d’un réseau français d’autoconstructeurs. J’ai lu, échangé, essayé. J’ai pu bénéficier de l’aide de mes amis et de personnes de passage qui ont répondu à mon annonce de partage de savoirs et de temps contre logis et nourriture.

Où avez-vous trouvé les matériaux?

Le matériel provient en grande partie de la région – bois, paille, tuiles et matériau de chantier de seconde main. La laine de chanvre vient d’Allemagne. J’ai utilisé de la terre crue pour enduire les murs intérieurs et de la chaux pour la peinture. Avec des panneaux solaires photovoltaïques et thermiques, ma maison est presque autosuffisante. Je complète le chauffage avec un poêle à bois de mi-novembre à mi-février.

Vous y habitez depuis un peu plus de deux ans, vous avez donc eu besoin de cinq ans pour réaliser une grande partie des travaux vous-même. Comment avez-vous pu investir autant de temps?

J’avais mon emploi aux CFF du lundi au jeudi et les vendredis et samedis je les passais sur mon chantier. Je ne m’étais pas fixé d’échéance. Je ne voulais pas m’épuiser, j’ai avancé à mon rythme, en me laissant porter par mes erreurs, mes apprentissages et les aléas de la météo. Financièrement, ma vie a totalement changé pendant ces années de chantier: plus de restaurants, de cinémas et de voyages, mais des apéros pour fêter une journée de travail.

Qu’est-ce qui vous a motivée à changer aussi radicalement de vie?

Je voulais me recentrer sur mes valeurs. J’ai toujours été persuadée que je pouvais vivre avec moins, mais en faire l’expérience dans mon quotidien bien chargé était compliqué. La clé a été de dégager petit à petit du temps pour interroger mes habitudes et accueillir des idées nouvelles. Depuis, j’ai quitté mon emploi, me suis formée en permaculture ainsi qu’en coaching pour accompagner les réorientations personnelles ou en entreprise. J’ai beaucoup de projets, notamment celui d’une forêt comestible. J’aspire aussi à transmettre ces savoir-faire oubliés appris au cours de mon chantier et soutenir les jeunes générations dans la construction d’un avenir durable. Chacun peut faire sa part, à petits pas.

Sources

 

lamaisonenpaille.blogspot.com

crédit photo: Florence Kupferschmid-Enderlin