« On doit parler d’argent! »

Mar 29, 2021

Comment apprendre aux enfants et adolescent-e-s à gérer l’argent de manière responsable? Et comment leur éviter de tomber plus tard dans le piège de la dette? Il est important que les parents montrent l’exemple, mais cela ne suffit pas.

Texte : Muriel Raemy, paru dans moneta 1/2021

«Il n’y a pas de juste ou faux, mais une règle qui brise les tabous: on doit parler d’argent! Il importe que les parents en discutent concrètement et ouvertement, même si j’ai constaté que c’est plutôt rarement le cas au sein des familles.» Caroline Henchoz, sociologue, maîtresse d’enseignement et de recherche à l’Université de Fribourg et professeure à la Haute école de travail social (HES SO) Valais, s’intéresse aux familles par le biais de l’argent depuis plus de vingt ans. Elle reste un peu isolée dans son champ d’études, l’influence exercée par les parents sur la culture financière de leurs enfants ayant peu fait l’objet de recherches systématiques. Les siennes ont montré que les connaissances financières ne s’acquièrent pas seulement par une éducation explicite, car les jeunes apprennent beaucoup par imitation et ex-périmentation, le plus souvent par l’ouverture d’un compte épargne ou l’attribution d’argent de poche. «Selon sa «philosophie» chaque famille va le faire à sa manière: donner des sommes limitées, conditionner l’argent de poche aux services rendus ou négocier un achat lié aux besoins, par exemple. Les parents transmettent ainsi leurs valeurs, mais pas leurs savoir-faire en matière de gestion ou de budget.» Pour la sociologue, l’école a ici clairement un rôle à jouer.

Un apprentissage comme un autre

Les initiatives visant à encourager les compétences pécuniaires se sont multipliées ces dernières années. Au plan international, ce sont en particulier les activités de la Banque mondiale et de l’OCDE qui sont pionnières, entre autres avec le projet PISA en 2012, qui avait pour but d’évaluer en Europe le niveau de culture financière des élèves de 15 ans. Conclusion importante de ces diverses études: des formes de compréhension sont présentes dès les premiers stades du développement des tout petits, et, par tâtonnements successifs, les enfants et les jeunes acquièrent un discernement à la fois plus global et plus nuancé de ces questions. Mais c’est véritablement à partir de la phase de vie qui commence à la fin du secondaire I, vers 15 ans environ, et surtout du secondaire II (apprentissage ou études) que les notions complexes et essentielles de la finance peuvent être pleinement assimilées.

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