Des assemblées citoyennes contre la crise climatique

Jan 11, 2022

 

«Je ne connaissais rien au climat»

Un exercice de démocratie directe à l’échelle nationale a eu lieu d’octobre 2019 à juin 2020 en France: la première Convention Citoyenne pour le Climat. Son but: définir des mesures pour parvenir, dans un esprit de justice sociale, à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici à 2030. Entretien avec Guy Kulitza, technicien informatique aujourd’hui retraité.

Texte : Muriel Raemy, paru dans le magazine Pro Natura 1/2022

Magazine Pro Natura: quelle est l’origine de la Convention Citoyenne pour le Climat? 

Guy Kulitza: elle fait partie des mesures prises par Emmanuel Macron qui avait promis un «grand débat national» pour répondre à la crise des gilets jaunes. Dès avril 2019, un institut indépendant a généré aléatoirement des numéros de téléphone pour garantir un panel représentatif de la population française selon les critères de l’âge, du genre, de la zone d’habitation, des niveaux de diplôme et des catégories socioprofessionnelles.

Personne ne s’est donc porté volontaire ou n’a posé de candidature liée à un parti politique ou un lobby économique pour participer aux débats?

Exactement. Nous avons toutes et tous été tiré-es au sort. J’ai d’abord cru avoir été victime d’un spam. J’ai discuté avec ma famille avant de décider de me lancer dans cette aventure. J’avais tout à apprendre: je ne connaissais rien au climat, je n’avais pas spécialement de conscience écologique.

Comment s’est déroulée la convention?

Son organisation a été confiée au Conseil économique, écologique et social (CESE). Un comité de gouvernance indépendant a été mis en place pour assurer l’accompagnement de la convention, préserver son indépendance et le respect de sa volonté. Les 150 membres ont à nouveau été tirés au sort pour siéger dans l’un des cinq groupes de travail: se loger, se déplacer, consommer, produire et travailler, se nourrir. Un groupe d’appui composé d’expert-es dans les différents domaines abordés était là pour contrôler les faits et chiffres et répondre aux questions législatives ou scientifiques durant les débats. Finalement, des facilitateurs et falicitatrices nous ont encadrés pour assurer que chaque membre puisse s’exprimer.

Que s’est-il passé au cours des huit sessions?

Des intervenant-es de tous bords politiques et idéologiques ont présenté leur analyse et l’état actuel des connaissances sur le climat dans leurs domaines de compétences respectifs. J’ai fait partie du groupe «se nourrir». J’aurais préféré les transports, un domaine où je pensais pouvoir participer plus efficacement. Mais avec du recul, je trouve que la démarche a du sens: finalement j’ai écouté attentivement les interventions des représentant-es de l’agro-industrie, des semenciers, des circuits courts et de nombreuses ONG sans a priori ni préjugés.

L’exercice de démocratie participative est donc réussi pour vous?

Absolument! Même si, selon moi, le Président de la République a trahi sa parole: il avait promis de transmettre aux parlementaires les propositions les plus abouties «sans filtre». Or sur les 149 propositions, seules une quinzaine ont réellement été reprises par le gouvernement. Si je suis déçu, notre rapport a quand même fait avancer les choses. L’exercice a montré qu’avec des informations multilatérales et de qualité, chaque citoyen peut prendre de grandes responsabilités et amener des propositions ambitieuses, à même d’être acceptées par une large majorité.

Quel bilan tirez-vous de cette expérience?

Si la politique venait «d’en bas», elle serait plus apaisée: nos débats étaient empreints de respect et de bon sens, aucune de nos propositions n’allait à l’encontre de l’intérêt général. Chacun en est ressorti transformé.