Baromètre 2021: turbulences sur l’égalité

Fév 14, 2022

La Conférence suisse des délégué·e·s à l’égalité a présenté son deuxième baromètre national au mois de novembre dernier : concilier activité professionnelle, vie familiale et travail domestique s’est révélé encore plus difficile en 2021. Il n’y a pas que les femmes qui le constatent !

Texte : Muriel Raemy, paru dans le magazine syndicom no 27, janvier-février 2022

L’équipe de recherche de travail social dirigée par Gesine Fuchs, à la Haute école spécialisée de Lucerne, ne s’attendait pas à des résultats aussi critiques. Mandatée en 2018 par la Conférence suisse des délégué·e·s à l’égalité (CSDE) pour réaliser un premier baromètre national de l’égalité, il s’agissait, avec ce deuxième sondage, de mesurer comment la population en âge de travailler évalue la relation entre l’activité professionnelle et le travail de care non rémunéré. 2445 personnes – 1’110 femmes, 1’134 hommes et 1 personne non-genrée – réparties dans les sept grandes régions de Suisse, ont répondu à l’enquête réalisée en ligne. « Les personnes interrogées se sont montrées beaucoup plus sévères qu’il y a trois ans : l’égalité est très durement jugée dans les domaines de la famille et du travail, et même en politique », commence Gesine Fuchs. Ce qui se traduit concrètement par une prise en charge essentiellement féminine du travail de care non rémunéré.

Pour que le care soit reconnu et partagé

« J’ai été particulièrement touchée par l’appel de jeunes mamans qui ne trouvent pas de place de crèche pour leur bébé. De nombreux commentaires ont révélé la frustration face à la difficulté de faire évoluer les mentalités, les valeurs patriarcales ainsi que l’éducation qui ne rend pas un homme adulte capable de s’investir dans les tâches domestiques et de care. » Pour Gesine Fuchs, si l’égalité ne laisse personne de marbre, toute la population est confrontée au travail de care non rémunéré. « La moitié des sondé-e-s ont émis des propositions concrètes pour améliorer la situation tant sur le plan politique qu’entrepreneurial. Ce qui montre que cette thématique fait l’objet d’intenses réflexions au sein des familles et dans le milieu professionnel. » L’éventail des réponses données en vue d’une répartition plus égalitaire du care va en effet d’une compensation financière de celui-ci ainsi qu’une meilleure prise en considération par les assurances sociales, à une bonification AVS, un congé parental rémunéré, une déduction fiscale, des horaires et des lieux de travail flexibles, une promotion du temps partiel, du job sharing, en passant par des emplois de care mieux valorisés et rémunérés et une égalité salariale.

Frein sanitaire

Le baromètre national montre encore que le recul ressenti de l’égalité – seuls 10 pour cent du panel considèrent en effet que l’égalité est atteinte au sein de la famille – est à mettre en partie sur le compte de la pandémie. « Cela peut être lié au fait que la situation sanitaire a permis de visibiliser les inégalités existantes, mais également que ce sont les personnes avec des obligations de prise en charge, à savoir en particulier les femmes, qui ont été impactées par la fermeture des écoles et des accueils. » D’autres études devront approfondir, les effets de la pandémie. Mais pour Gesine Fuchs, le débat public ouvert par la grève des femmes et les élections fédérales de 2019 ont augmenté la conscience des enjeux liés à l’égalité. « Les résultats montrent clairement qu’une politique familiale plus systématique et contraignante doit être mise en œuvre aux niveaux fédéral, cantonal et communal. »

 

3 questions à Patrizia Mordini, responsable de l’égalité chez syndicom et membre du comité directeur.

Dans l’ensemble, ce baromètre national 2021 montre que l’égalité est loin d’être atteinte en Suisse. Une surprise ?

Non ! Les chiffres publiés par l’Office fédéral de la statistique l’été dernier (voir syndicom magazine no 25, octobre 2021) allaient dans le même sens que le présent baromètre : parmi les couples avec des enfants à charge, le modèle le plus fréquent est celui où l’homme travaille à temps plein et la femme à temps partiel. Un temps partiel qui permet aux femmes de s’occuper de tout ce travail de care non rémunéré, impactant leur carrière, leur sécurité sociale et leur rente. syndicom s’engage pour des modèles progressistes d’activité à temps partiel.

syndicom fait, en ce sens, écho aux revendications exprimées par les sondé-e-s.

Je me réjouis de ces réponses ! Elles indiquent la direction à suivre et montrent que l’égalité n’est pas à bien plaire : l’égalité des sexes est nécessaire pour la population et toute la société sortira gagnante d’une situation où toutes et tous sont reconnu-e-s pour le travail de care fourni.

Y’a-t-il des discussions politiques en cours ?

Lors de son congrès en novembre dernier, la Commission des femmes de l’USS s’est prononcée en faveur d’une initiative populaire qui demande que l’accueil extrafamilial et parascolaire relève du service public, et garantisse ainsi une prise en charge de qualité sur tout le territoire et réduise la contribution des parents à un minimum. Elle demande également une substantielle amélioration des salaires et des conditions de travail dans le domaine du care. Les Femmes socialistes suisses ont décidé de lancer une initiative allant dans ce sens.

 

 

 

 

 

 

Sources

 

https://www.equality.ch/pdf_i/Barometer_FR_komplett.pdf